Je suis allée avec ma mère au Maroc et puis j'allais dehors. Et puis j'ai vu une fourmis qui me suivais et j'ai tué la fourmis. Et puis la fourmis allais dans ma chaussure et j'ai pleuré et j'ai eu une sparadrap.
Plusieurs enfants lisent aussitôt le texte de Latifa en entrant dans la classe. Quand tout le monde est assis en demi cercle devant le tableau j'invite Latifa à lire son texte à haute voix. Je demande qui a quelque chose à demander à Latifa concernant son texte : 'Quelque chose que tu ne comprends pas ou plus d'explication sur quelque chose.' Beaucoup de doigts levés. Latifa désigne un enfant qui lui pose une question. Abdel me regarde et pose sa question à moi. Je lui répond que je n'y étais pas au Maroc et que je ne peux donc pas répondre. Abdel ne comprend pas comment Latifa tue d'abord une fourmi et qu'ensuite la fourmi s'est mis dans sa chaussure. J'aide Abdel à formuler sa question et je la répète pour que chacun entende bien ce qu'Abdel demande. Latifa ne répond pas toute de suite. Quelques enfants crient qu'ils savent . Je demande s'ils étaient là, au Maroc. Quand c'est clair que ce n'était pas le cas je leurs dis qu'ils ne peuvent donc pas savoir. Latifa est la seule à savoir. Elle dit que c'était une autre fourmi qui s'est mis dans sa chaussure. Je fais le changement dans son texte : Puis une autre fourmi s'est mis dans ma chaussure.
Je relis de nouveau tout haut la deuxième phrase car je n'arrive pas encore à l'imager claireme:
Et puis j'ai vu une fourmi qui me suivais et j'ai tué la fourmi .
Je fais des aller retours devant la classe et me représente en parlant tout haut comment Latifa marchais là bas au Maroc. Je me retourne, jette un regard derrière moi et je dis : « Une fourmi, il y a une fourmi qui me suis !" Je demande Latifa si c'est passé comme ça. Elle dit oui avec sa tête. "Et puis tu l'as tué ?" Elle fait de nouveau signe de oui. e ne dis rien j'essaie de me représenter ce que Latifa faisait exactement. Il y un moment de silence dans la classe et puis Eric s'écrie : "Mais comment l'as-tu tué ?" Oui comment l'as-tu tué répètent les autres. Latifa raconte qu'elle l'a tue avec sa chaussure. J e lui demande ce qu'elle faisait avec sa chaussure. Elle se met debout et frappe plusieurs fois le sol du pied. Latifa ne connaît le mot en hollandais. Eric dit : écraser . Je demande :"tu l'as écrasé avec ton pied ?" Elle fait signe que oui. J'efface le mot tué et le remplace par écrasé.
Sur un autre bout du tableau j'écris MORT. Et en dessous écraser. Latifa a écrasé une fourmi, je demande qui d'autre a déjà tué une petite bestiole. Il y a un flot de réponses. Je note ce que les enfants disent. Ainsi une longue liste se fait : Secouer, pousser, empoisonner, couper, presser, pincer, battre, étouffer, rouler, noyer, piler, taper, tirer, trépigner, jeter. Chaque fois je demande à quoi le mot fait penser. A quel événement. Quel était la petite bête. Comment s'est passé exactement. Ufuk raconte qu'il a tué un bourdon dans sa main. Il montre comment il a fermé sa main. Je lui demande ce qu'il faisait avec sa main pour que ce bourdon meurt. Ufuk dit qu'il pressait. Un autre enfant dit 'pincer'. Je demande la différence entre pincer et presser. Erik affirme que pressait est beaucoup plus fort que pincer. "Quand on presse tout le sang sort." Je veux arrêter à plusieurs reprises avec la liste au tableau, mais les enfants continuent à lancer des mots à haute voix. Quand je trouve qu'ils ont suffisamment crié, j'arrête de noter et je demande l'attention pour la dernière phrase.
Ma porte est rouge. J'ai une très grande trou pour guetter On frappe tout le temps Je dis Je ne viens pas dans l'escalier Puis j'ai fermé la porte La porte s'est encore ouvert Alors tu viens ? Je dis Non !
Un texte n'est jamais bien écrit du premier coup Ce n'est pas possible et ce n'est pas non plus nécessaire. C'est un grand soulagement pour les enfants quand on leur dis cela. On écrit tout seul mais ce qui suit et est passé au préalable est fait collectivement. Qu'on peut s'entr'aider pour mieux éclaircir un texte et que cela ne se passe pas dans une ambiance de 'bien ou pas bien' est très rassurant pour les enfants. Souvent les enseignants ont d'abord peur que travailler un texte collectivement soit menaçant pour un enfant. En réalité c'est le contraire, semble-t-il : les enfants se battent pour que leur texte soit écrit au tableau. Je garantis que l'ambiance reste positive et constructive et que l'auteur reste maître de son texte. Je ne change jamais rien au texte sans l'autorisation de l'enfant. Au départ les enfants sont tellement étonnés qu'ils ont leur mot à dire de leur propre texte, qu'ils sont d'accord avec tout ce qu'on dit de leur texte. Au bout d'un certain temps ils développent un regard critique sur leurs productions langagières. Travailler collectivement leurs textes, permet aux enfants de devenir complice mutuelle du processus d'écriture de chacun. Ensemble ils se posent la question comment au mieux clarifier un texte. Parce que l'attention se mobilise sur le contenu il y a une communication sensée et significative . Il y a échange des expériences, des pensées et d'idées par les enfants. Les notions, les mots et les problèmes de la langue se présentent tout seul. Les enfants vivent d'abord le travail de textes comme un jeu. C'est amusant, donc on n'apprend pas est leur conclusion. Pendant le cours des mots imprimées où tout le monde participe vraiment activement, parfois un enfant me demande quand est ce qu'on va travailler. Quand je réponds qu'on travaille déjà on me jette un regard incrédule. Au bout de plusieurs reprises ils découvrent qu'il est non seulement amusant de travailler ainsi mais que leurs textes s'améliorent également.